ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE ANARCHISTE

Il faut savoir où on est pour savoir comment aller de l’avant

Ce texte a originellement été publié en marge de l’assemblée publique du 26 février 2023 à titre de texte de réflexion dans le processus ayant mené à la fondation de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA). Ce processus s’est étalé sur près d’un an et demi et a rassemblée plusieurs dizaines de militant-es autour de comités de réflexion et d’assemblées publiques.

1. Je trouve préoccupant le fait qu’après une assemblée qui n’a pas été très efficace, on puisse en arriver à la conclusion qu’il est manifeste que les assemblées ne fonctionnent pas, qu’elles sont démobilisantes et qu’il faut en conséquence les abolir. Je pense que ce ne sera pas la première fois qu’on rencontrera des obstacles. Il va en avoir encore des réunions qui ne marcheront pas très bien. Des moments où on trouve que les choses ne bougent pas assez vite.  Mais je pense que le mieux est de trouver des façons pour améliorer les assemblées/ réunions, et non de changer complètement le modèle décisionnel qui par ailleurs a été adoptée à la deuxième assemblée tenue en décembre (« Que le mode d’organisation du groupe se fasse autour d’assemblées générales régulières. »).

 

2. Je pense que le sentiment de vouloir aller vite peut parfois nous empêcher de bien faire les choses. Ceci est un point que j’ai pu discuter avec d’autres camarades à l’assemblée non-mixte de genre. Vouloir ne pas perdre du temps peut nous amener à ne pas prendre le temps nécessaire pour adresser des enjeux importants (et liés à l’anti oppression) et ainsi continuer à faire les mêmes erreurs qui sapent notre potentiel de puissance.

 

3. Concernant la question de la redevabilité. Je pense qu’il y a une certaine confusion. Lorsqu’on dit « redevables envers l’AG » ce n’est pas envers le local ou le moment. C’est plutôt une redevabilité envers l’Organisation. Si on fait du travail pour l’organisation, il faut être redevable envers cette dernière. Quel est le point où se concentre le plus de légitimité d’une organisation? Et bien, cela dépend de différentes traditions politiques. Généralement, dans l’anarchisme, ce « point » n’est pas un comité central ou un comité de suivi, mais bien la forme d’assemblée. Ainsi, avec la proposition du comité de suivi, c’est-à-dire sans assemblée, comment les deux comités crées vont être redevables envers l’organisation? Est-ce que ce sera envers le comité de suivi? Ou une nouvelle structure (un inter-comités?)? La proposition ne l’adresse pas.

 

4. Pour moi, une assemblée est une réunion large délibérative et décisionnelle (et l’instance avec le plus de légitimité, tel qu’adressé dans le paragraphe antérieure). On peut changer de terme, si vous voulez, et adopter cette terminologie. Ces « réunions larges délibératives et décisionnelles » peuvent aussi être semi-fermées, pour répondre à la préoccupation quant à la composition du public de l’assemblée. En plus des personnes très actives dans les comités, les personnes pouvant participer à ces assemblées/réunions pourraient être :

  • Des gens dans les comités mais qui ne sont pas très actifs/actives;
  • Des gens qui sont allées à au moins une assemblée;
  • Des gens qui ne sont allés à aucune assemblée ni rencontre des comités, mais qui sont intéressées par l’organisation et qui ont eu une rencontre (téléphonique, présentiel, etc.) avec une personne de l’organisation pour s’assurer que la personne soit au courant des décisions votées jusqu’à maintenant, etc.

 

Je crois qu’il doit avoir un moyen d’inclure dans le processus de création de l’organisation des personnes avec moins de temps et d’énergie que les personnes les plus actives et impliquées dans les comités.

 

5. La proposition telle qu’écrite actuellement est propice à trop d’interprétations et ainsi donne trop de « pouvoir » aux comités. Par exemple, il est mentionné que le travail des comités se fera jusqu’à un « congrès de fondation ». Cependant, les modalités de ce « congrès de fondation » étant laissées à la discrétion des comités, un « congrès de fondation » pourrait être, de ce que j’ai compris des discussions concernant la proposition, une rencontre fermée entre les personnes des comités où le travail des comités est officiellement adopté.

 

6. Il me semble que dans les besoins qui ont motivés le processus de création de cette organisation, il y avait l’idée de pouvoir amplifier le travail existant des organisations, groupes et collectifs dans l’extrême gauche, d’améliorer la coordination entre ceux-ci, bref, d’être en connexion avec ce qui existe déjà. Par ailleurs, un des objectifs ayant été votés à la première assemblée fût « Appuyer les autres organisations et amplifier les luttes ». Je crois que la formule de passer UNIQUEMENT à des comités de travail va à l’encontre de cet esprit-là. Dans un des petits-groupes de discussion du matin de la première assemblée (structure je crois), il était nommé qu’il faut composer avec le fait que beaucoup de personnes sont occupées avec le travail qu’elles font dans d’autres groupes et il ne faut pas rajouter de la lourdeur. Ainsi, il faut comprendre que pas tout le monde intéressé par l’organisation va pouvoir s’impliquer à fond dans le travail des comités.

 

7. OUI AUX COMITÉS DE TRAVAIL. Rien de ce que je dis dans ce texte va à l’encontre de l’idée de créer des comités de travail. Je crois effectivement que ceux-ci vont aider à ce que le processus soit plus efficace et plus intéressant. Je crois que l’idée du texte « FINDING A BALANCE BETWEEN EFFICIENCY AND PARTICIPATION: BETTER ASSEMBLIES, NOT LESS OF THEM » concernant la publication et diffusion des travaux des comités (dans la liste de diffusion ou autre) est très intéressante De cette façon-là, le travail des comités pourra être enrichi par les contributions des autres personnes moins actives dans les comités. Également, les comités pourraient aussi appeler à des réunions larges lorsque certaines questions plus « touchés » sont abordées. Les personnes qui sont moins actives mais qui voudraient s’impliquer un peu pourraient alors venir à celles-ci.

 

8. Je crois que la façon de procéder proposée par le comité de suivi n’est pas antidémocratique. Cette façon de s’organiser peut très bien convenir. Cependant, pour moi, elle se rapproche de la forme d’un groupe (plus ou moins) affinitaire et n’est pas propice à la forme d’organisation large, ouverte et publique que l’on souhaite(ait) faire.

Propositions pour aller de l’avant ensemble

Que l’on fonde des comités de travail dont la fonction sera de produire en vue d’une ou des assemblées de fondation des propositions concernant les objectifs et principes de l’organisation (charte, visées, etc.) et la structure (membrariat, financement, dynamiques métropole-régions, etc);

Que l’on ne tienne pas d’autres assemblées où sont discutés des principes généraux et structurels avant cette ou ces assemblées de fondation;

Que le travail de ces comités de fondation provisionnels soit présenté lors de cette ou ces assemblées de fondation pour adoption et que la délibération et modification puissent être possibles séance tenante, le tout dans une logique de respect envers le travail accompli par les camarades desdits comités et de reconnaissance du degré d’implication varié;

Que les comités de fondation provisionnels décident le nombre d’assemblée(s) de fondation jugée(s) nécessaire(s) pour la présentation-discussion-adoption des propositions travaillées par les comités (une seule assemblée de fondation pouvant être une option, la terminologie de celle-ci laissée à la discrétion desdits comités et pouvant ainsi être nommée « congrès de fondation »);

Que le degré de publicité de cette ou ces assemblées de fondation ne soit pas moindre que celui jusqu’à présent adopté pour les assemblées, c’est-à-dire que cette ou ces assemblées soient annoncées dans la liste de diffusion;

Que les comités de travail tiennent des réunions larges et semi-ouvertes (le degré d’ouverture pouvant être limité à la diffusion de ces réunions sur la liste de diffusion) lorsque ces comités de travail jugent opportun de le faire (par exemple, lorsque des questions plus sensibles sont traitées ou lorsque les comités jugent pertinent de délibérer en plus grand nombre), méthode ayant été employée par le comité de suivi en janvier dernier;

Que les comités de travail puissent adopter d’autres méthodes (par ex. courriels, appels de textes, etc.) pour recevoir l’avis des personnes intéressées et impliquées dans le processus à un degré moindre ainsi que des contributions d’autres collectifs, organisations, groupes qui existent déjà et avec lesquels l’organisation veut être en lien (voir la proposition adoptée à l’assemblée du 1er octobre à l’effet qu’un des objectifs de l’organisation serait d’appuyer les autres organisations);

Que les comités aient la liberté d’organiser des événements de nature publique, conviviale et/ou ludique afin de faire connaître l’organisation à de nouvelles personnes et/ou à des fins de réseautage militant, construction d’un sentiment d’appartenance, etc.