Qui aurait cru que NormaL BaillarCON allait finir chroniqueur au Journal de Montréal? Bien sûr, c’est de la grosse marde. Il faut du culot pour avoir construit sa réputation en tant qu’anarchiste, et écrire un texte sur le débat démocratique plein de raccourcis intellectuels et de conneries d’extrême droite en pleine montée du fascisme. On s’est dit qu’on allait y répondre, même si on sera fort probablement traitées de foutues extrémistes qui doivent se modérer avant d’avoir accès à la parole « démocratique ». 

Commençons par la critique de l’insulte. On est d’accord, l’insulte est un fardeau immense que plusieurs doivent porter pour pouvoir prendre la parole sur la place publique. Et ici, on parle de vraies insultes, celles de la droite qui déshumanisent en tout impunité. Les personnes trans sont traitées de pédophiles, de folles ; les gauchistes de terroristes, d’islamistes, de cons, de criminels. Et là on va rester mou dans notre démonstration parce que ça nous tente pas de continuer avec les pires insultes envers les personnes immigrantes ou qui portent le voile. 

Réagir à ces insultes et aux idées reçues qui les perpétuent en nommant l’oppression en jeu : Normal BaillarCON trouve que c’est bien pire. Il les associe à une paresse intellectuelle qui met fin au débat… Alors qu’on s’évertue depuis des années à expliquer les phénomènes complexes d’oppression, et que ces dénonciations partent des réflexions politiques et d’analyses sociologiques complexes, lui se permet de régurgiter les mêmes conneries sans fondement de la droite. Il doit avoir échoué à son petit cours d’autodéfense intellectuelle. 

Normal BallairCON participe à la radicalisation des médias de droite. Depuis des années, ils sont devenus des chambres d’écho qui nient le réel. La droite fait à la fois du victim blaming et de la victimisation. Lutter contre les oppressions est devenu une agression : agresser, insulter, faire des appels à la violence contre des groupes, c’est ça la démocratie!

BaillarCON, vous nous parlez d’écouter l’autre côté, d’être empathique. Comment est-ce possible quand tous les médias ridiculisent les idées de gauche. C’est quand la dernière fois que vous avez entendu une personne trans dans les médias mainstream parler de sa transition et de ses expériences de violence transphobe? C’est quand la dernière fois qu’on a invité une personne experte expliquer le phénomène de la transition et de la non-binarité sans tomber dans des fausses vérités « biologiques »? C’est quand la dernière fois qu’on a laissé des personnes parler de leurs expériences dans les prisons pour immigrant.es? Parler des difficultés à obtenir un statut stable? Avoir un parti pris aussi évident et le présenter comme le centre, c’est pas ça l’endoctrinement?

Alors qui nourrit la polarisation quand c’est la droite qui a le monopole du discours médiatique, des lois, de l’économie, des partis politiques? Mais surtout, à qui sert cette polarisation? Aux États-Unis, des militantes pour la défense de l’environnement, des personnes trans ou des personnes immigrées sont menacées ou carrément accusées de terrorisme pour leurs actions de solidarité. ICE tue des personnes dans la rue et le gouvernement défend ces exécutions en disant qu’illes étaient des radicaux dangereux. Ça vous fait pas réagir, Monsieur défendre la démocratie, mais une personne qui vous traite de transphobe, c’est vraiment grave…

Monsieur BallairCON, si vous voulez vraiment défendre des échanges d’idées démocratiques, il va falloir que vous suiviez vos propres conseils : écoutez donc les personnes qui sont en désaccord avec vous, au lieu d’écrire des articles dans un journal de marde. Sortez de votre bulle médiatique et venez dans la rue parler avec les gens qui militent pour de vrai. On passera sur la modération par contre, le fascisme est à nos portes. 

On finira en défendant la nécessité de l’insulte comme stratégie politique. C’est une manière efficace de ridiculiser des discours violents, de se refuser à argumenter l’intolérable et de créer un sentiment de pouvoir collectif. Mais, contrairement à vous BallairCON, on sait ce qu’est une vraie insulte. Vous êtes un vrai connard paresseux, pseudo-intellectuel qui lèche les couilles aux puissants. 

BTW, on a fait l’exercice de réécrire votre torchon pour qu’on soit d’accord : il suffit de bien identifier l’ennemi, exercice auquel notre intellectuel préféré échoue lamentablement depuis des années. On vous le présente donc ici en terminant.

VERSION CORRECTED DU TORCHON EN QUESTION:

Nous faisons le pari que, par-delà les différentes positions politiques ou éthiques que certaines personnes défendent souvent avec passion, la plupart d’entre elles seront d’accord avec nous pour reconnaître que nous traversons en ce moment une troublante et inédite crise de la conversation démocratique. 

Une polarisation, que personne n’aurait prévue il y a 15 ans, se déploie désormais quotidiennement dans l’espace public. Elle se manifeste par une incroyable prolifération d’insultes que plusieurs ne se gênent plus à utiliser. Traiter quelqu’un de transactiviste, de woke, de partisan d’antifa, d’islamogauchiste ou de «c’est vous les VRAIS fascistes» devient monnaie courante et surtout sans conséquence pour les diffamateurs.

Un exemple tiré de l’actualité concerne le traitement infligé à toute la gauche, de la plus molle à la plus rigide, qui est traitée par certains de «woke» appartenant à la mouvance d’extrême gauche. Les positions de la gauche sur l’immigration sont évidemment étiquetées d’irréalistes, celles sur l’égalité des genres de «théorie du genre», et celles sur les inégalités économiques de propagande communiste, rien de moins!

Possibles causes

Internet et les réseaux sociaux sont certainement un des facteurs en cause. Nous suggérons aussi que les graves mutations qui ont chamboulé la vie intellectuelle et académique ces dernières années ont pu jouer un rôle dans ce que nous vivons. Résultat: on simplifie à l’extrême des débats complexes, on minore leur importance et on court le risque d’endoctriner au lieu d’éduquer. Il n’y a qu’à voir les réactions aux Robins des ruelles sur QUB radio : plutôt que de prendre le risque d’avoir des débats complexes sur les différences entre ce qui est légal et ce qui est légitime, on condamne bêtement une action parce qu’elle n’obéit pas aux règles, même si ces dernières sont injustes.

Les troublantes attaques contre la liberté académique, comme quand des professeurs ou étudiantes sont expulsées des universités pour avoir exprimé leur soutien à un peuple en train de se faire exterminer, sont également très dangereuses pour la conversation démocratique. La récente censure de toutes les administrations universitaires à l’endroit des associations étudiantes et de leur défense des droits étudiants en est un récent rappel.

Sans pouvoir développer ici cette idée, nous sommes en outre convaincus qu’un vaste courant d’idées appelé postfascisme a désormais infiltré bon nombre de composantes de la vie intellectuelle. Lorsque l’existence même de valeurs normatives comme le bien commun, la dignité humaine et l’équité est niée et que presque tout est pensé en termes de moralité sous couvert de la raison objective, c’est l’essence même de la science et de ses méthodes qui vole en éclats, ouvrant alors toute grande la porte au ressenti de chacun, à ses intérêts particuliers ou de classe.